“J’ai découvert l’impuissance dans laquelle nous étions pour répondre à la détresse de ces jeunes.” – Mireille2019-01-28T19:52:19+00:00

Project Description

“Je ne suis pas hébergeante car n’ai pas assez d’espace, mais je tente de faire de mon mieux pour les accueillir et participer à faire avancer leur situation.”

Mireille (Lyon)
71 ans – Sage-femme retraitée

En novembre 2016 lors de mon bénévolat à l’association Medecins du Monde, j’ai eu à recevoir 2 mineurs de 16 ans, l’un soudanais, l’autre tchadien ; amenés par une jeune femme qui avec ses colocs les hébergeait depuis une semaine. Sans papiers tous les 2, elle venait pour avoir des infos. Ne sachant où s’adresser pour ces 2 enfants.
C’est là que j’ai découvert l’impuissance dans laquelle nous étions pour répondre à la détresse de ces jeunes. Pas de 115 pour eux car mineurs, et difficilement dirigeables vers la MEOMIE, sans papiers. J’étais révoltée, scandalisée et bien persuadée qu’il fallait faire quelque chose.
Quand en février 2017 le collectif AMIE (Accueil Mineurs Etrangers) a vu le jour, c’est déterminée que je m’y suis engagée afin d’œuvrer à accueillir ces jeunes, les accompagner dans leurs démarches, apporter des réponses immédiates aux obstacles qu’ils rencontraient, tout en tentant tout pour faire bouger les choses et interpeller les décideurs, leur demandant le respect de la loi.

Je ne suis pas hébergeante car n’ai pas assez d’espace, mais je tente de faire de mon mieux pour les accueillir et participer à faire avancer leur situation. Il y a encore beaucoup à faire.
Ces jeunes m’apprennent beaucoup et le courage et la volonté qui les animent ne cessent de m’étonner et me booster dans l’action.

Merci aux hébergeants pour les «  soins » qu’ils leur apportent au quotidien, et merci pour le film qui en parle tellement bien.
Je joins mon témoignage sur la situation indigne faite aux mineurs « abandonnés » dans leur hôtel.

Prise en charge indigne des MIE hébergés en hôtel et sous la protection de la
 Métropole de Lyon.

L’ado est à l’hôtel, seul donc, sans aucun encadrement, sans référent à qui demander conseil ou aide.
 Il est laissé sans un centime ce qui fait que si toutefois il possède un téléphone reçu en Italie, il ne peut le créditer et ne peut même pas joindre un service d’urgence si quoi que ce soit lui arrive. Sans parler de celui qui n’a pas du tout de téléphone !
En cas d’urgence médicale il n’aura comme choix que de s’adresser au gérant qui se retrouvera dépourvu, comme les services médicaux par la suite, car la MEOMIE n’est qu’exceptionnellement joignable par téléphone, même en semaine. Le week-end donc l’ado est à l’abandon total, sans aucun interlocuteur.

Le seul lieu où il peut espérer être entendu dans ses multiples quêtes est le local de la MEOMIE, ouvert 3 jours par semaine, de 9h à 12h et de 14h à 17h, et 2 demi-journées..
Il ira là-bas demandant à parler à son assistante sociale, et le plus souvent, 2 à 3 fois avant que ça se fasse, si toutefois elle n’est pas en congé ou en maladie. En effet celui qui n’a pas de rendez-vous est prié d’attendre, sans être sûr d’être reçu.
 Car il viendra demander des produits d’hygiène dont régulièrement le stock est
 rompu, en restant sans savon ni shampoing parfois 2 à 3 semaines.

Il viendra demander quelques habits, il devra alors aller avec une fiche à l’entrepôt de l’Armée du Salut pour espérer y dégoter 2 pantalons et 2 pulls d’occasion à 2 euros chacun, et y retournera parfois 2 ou 3 fois pour trouver sa taille… Donc mission souvent impossible. Quant aux slips et chaussettes, rien n’a été prévu, ni vu ni connu si t’as pas de slip sous ton pantalon !
Pour le lavage du linge rien de prévu.

Quand, grâce à l’intervention d’associations, il arrivera à obtenir une inscription scolaire, les difficultés continueront, il devra se rendre plusieurs fois à la MEOMIE pour faire signer les documents, puis pour obtenir des fournitures scolaires jamais complètes. 
Il va perdre énormément de temps à venir chercher un papier, une signature, une orientation médicale, un bout de savon, etc. Et la file d’attente s’allonge devant la MEOMIE inéluctablement.

 Pour manger l’ado sera inscrit à l’Armée du Salut où vont tous les demandeurs d’asile eux aussi en hôtel ou à la rue. Il vivra les bousculades, la file d’attente midi et soir, avec pour certains une telle crainte de se retrouver au milieu des conflits qu’ils n’iront plus manger ou alors « voir » si ce jour là ils se « sentent de tenter » de manger.
 Quand il aura une rage de dents, de la fièvre ou des symptômes douloureux aigus, il devra se rendre à la MEOMIE, qui en boitant, qui plié en deux de douleur, qui très fiévreux, où on lui donnera un plan pour se rendre aux urgences, seul !!!.

Si c’est le week-end, il devra se « débrouiller » pour décider de comment s’en sortir avec son urgence… 
L’hôpital lui non plus n’arrivera pas à rentrer en contact avec le responsable légal.

Quand un jeune est en foyer avec un encadrement convenable il a tout à coup un éducateur à qui s’adresser, pour toutes solutions à trouver, il a de l’argent de poche et peut utiliser enfin son téléphone, il mange correctement et on lui organise des activités, on lui achète des vêtements neufs (quel luxe !!!), et il voit un dentiste et un médecin dans les 15 jours suivant son arrivée.

Cette disparité de traitement, connue de tous les jeunes, finit par être vécue par tous ceux en hôtel comme une grande injustice contre laquelle ils n’ont pas de recours. Certains sont en hôtel depuis 8 mois, voire 1 an, au chaud, mais dans un dénuement total.

 Ces ados sont sans arrêt contraints d’aller mendier à l’ASE ce qui leur revient de droit ! D’ailleurs, leur expression est : « j’ai gagné » un shampoing, « j’ai gagné » 2 stylos, « j’ai gagné »un pantalon. C’est pitoyable !

Ils se sentent humiliés un peu plus chaque fois que l’institution censée les protéger leur répond « je ne peux rien faire » ou « je n’ai pas le temps », ou « tu n’as pas le choix, tu dois accepter ». Ils sont désespérés de ne pas voir leur situation de mendiant cesser.

Tout semble leur faire obstacle dans leur quête pour s’en sortir.
 Le pire de tout, c’est que quand un jeune excédé de ne pas être entendu « pète les plombs », l’ASE décide de fermer les portes et de ne recevoir personne pendant un, deux ou trois jours. Ces punitions collectives sont intolérables ! Elles viennent se rajouter à la violence au quotidien qu’ils subissent déjà dans la gestion de leur prise en charge par la Métropole.

Les associations tentent de pallier aux manques en besoins quotidiens.
Elles font des accompagnements en lieu et place de l’ASE, médicaux, scolaires, culturels à l’occasion, et soutien moral.
En presque 2 ans d’existence, le collectif AMIE (Accueil Mineurs Isolés Etrangers) a pu constater nombre de faits de maltraitances sur les jeunes qu’il connait.
C’est à se demander en constatant l’état moral des jeunes avec lesquels il est en contact dans quel état de désespérance doivent être ceux qu’il n’a jamais croisés.