“Nous le sentons très heureux et très motivé d’étudier” – Marie-Thérèse et Frédéric2019-02-09T15:46:31+00:00

Project Description

“Notre vie de retraités se trouve bousculée par cet accueil de Mamadou, nous invitant à élargir notre cœur, à notre mesure, en veillant aussi à rester disponibles pour nos proches et d’autres engagements.”

Marie-Thérèse et Frédéric

Mamadou est arrivé à Lyon le mardi 18 septembre 2018.

Notre première rencontre a eu lieu à quelques centaines de mètres de la gare de la Part-Dieu, à Lyon.
Mamadou cherchait Meomie. Nous avons d’abord pensé à une Noémie !!
Mais très vite, Mamadou nous a dit qu’il avait 15 ans, qu’il arrivait de Guinée, après un voyage de plus d’un an, et qu’il était seul sur Lyon.
Après avoir un peu compris sa situation, nous avons contacté Forum Réfugiés qui nous a orienté vers leur bureau, rue Neyret, sur les pentes de la Croix-Rousse.
Mamadou y a été reçu rapidement, avec un rendez-vous 2 jours après pour l’évaluation de sa minorité, mais sans proposition d’hébergement.

Ce 18 septembre est un jour de grand soleil !

Nous prenons une longue heure pour voir ce que Mamadou souhaite faire, ainsi que ce que nous pouvons lui proposer.
Assez naturellement, mais avec de multiples interrogations, nous l’invitons chez nous, le temps de faire le tour des possibilités d’hébergement.
Nous recontactons alors Forum Réfugiés afin de faire enregistrer son adresse temporaire. Inutile ! Ce n’est pas leur mission.
Nous nous contenterons de faire une « main courante » au commissariat de police. Démarche sans doute aussi inutile, mais prudente !

En fin d’après-midi, nous installons Mamadou (avec, pour unique bagage, son petit  sac à dos) dans une des chambres disponibles depuis que nos enfants sont partis.
Quelques contacts téléphoniques… et l’association L’Appartage nous propose d’inclure Mamadou dans une « boucle de co-hébergeurs » dès que possible (ce qui sera effectif 10 jours après !) et nous invite à nous rendre, le lendemain matin, à la permanence du collectif AMIE, salle de la Marmite, rue Diderot, sur les pentes de la Croix-Rousse.

Dès le lendemain, mercredi 19 septembre, nous partons pour la Marmite.
Alors que nous passons par la montée de la Grande Côte, nous entendons appeler : « Mamadou ! »
Un jeune, qui « habite » sur le campement du jardin des Petits Soyeux, vient de le reconnaître !

Stupéfaction !

Voilà Mamadou, à peine arrivé à Lyon , qui retrouve déjà un compagnon de voyage qu’il a connu en Italie !
Puis découverte de ce campement en haut de la montée de la Grande Côte, essentiellement de mineurs, entièrement livrés à eux-mêmes… qui nous amènera, quelques temps après, à les accompagner sur le squat de l’ex-collège Maurice Scève ! Mais là c’est une autre aventure d’accueil !
Découverte aussi de la salle de la Marmite avec tous ces jeunes attendant patiemment leur tour pour prendre un bon petit-déjeuner et pour rencontrer les bénévoles pour les démarches à effectuer (reconnaissance de leur minorité, scolarité, santé).
Enfin découverte, en moins d’une journée, de cette réalité des mineurs non accompagnés à notre porte, totalement livré à eux-mêmes dans les rues de Lyon.
Nous n’avions alors encore aucune idée du nombre de mineurs ainsi en errance en France !

Mamadou nous étonne par sa sérénité, sa patience.
Le jeudi 20 septembre, il passe son entretien d’évaluation à Forum Réfugiés, soigneusement préparé la veille au collectif AMIE.
Et, le même jour, il récupère la décision négative de la Meomie. Il est déçu mais reste tranquillement déterminé.

Depuis septembre, Mamadou, peu bavard, mais attentionné, nous a souvent exprimé qu’il était très content d’être ainsi accueilli.
Petit à petit, il nous livre des bribes de son long périple, peu prolixe sur les souffrances endurées.
Il regarde vers l’avenir, prenant conscience que la réalité est plus difficile que ce qu’il espérait, sans doute, en arrivant en France.

En ce début de février 2019, près de 5 mois après son arrivée, Mamadou commence, enfin, une classe MLDS au lycée Flesselle, où il est accueilli avec une grande humanité.
Et nous le sentons très heureux et très motivé d’étudier.
Il attend aussi  – perspective plus délicate – une audience devant le juge des enfants pour une décision sur sa minorité.

Mamadou nous est donc « tombé dans les bras » un jour de septembre 2018 !

Nous sommes heureux de sa confiance, de pouvoir l’accompagner dans ses démarches et ses projets, de partager, avec lui, un bout de chemin, et de nous réjouir des moments de jeux, au cours desquels son sourire illumine son visage.
Notre vie de retraités se trouve bousculée par cet accueil de Mamadou, nous invitant à élargir notre cœur, à notre mesure, en veillant aussi à rester disponibles pour nos proches et d’autres engagements.

Quelle rencontre et quelle aventure !
Ces jeunes sont des survivants courageux !
Nous sommes heureux d’être devenus des « accueillants » et de parrainer ainsi Mamadou !
Nous sommes conscients que cet accueil solidaire des mineurs isolés étrangers est une solution palliative dans l’attente de la prise en charge par les services publics.